Nous étions convoqués à l’aube du quatrième jour d’octobre. Malgré l’appel persistant du traversin et du petit-déjeuner en charentaises, la décision fut vite prise, et nombreux furent ceux qui répondirent par l’affirmative, déterminés à s’acharner au perfectionnement de leur maîtrise de la maniabilité lente.

Le moment venu, chevauchant leurs montures vrombissantes, tous arrivèrent en un cortège nitescent sur le plateau de Rungis, inaltérable haut lieu du rassemblement dominical. Un à un, ils se rangèrent méthodiquement en une formation soignée, comme le dictaient les préceptes de leur entraînement.

Étant parmi les derniers à arriver sur place, je me joignis aux brèves mais chaleureuses retrouvailles avec mes camarades. Juste à temps pour le début de l’échauffement, préambule à la longue journée à venir.

Guidés par Robert, nous effectuâmes plusieurs séries de mouvements destinés à éveiller le corps et l’esprit, et à préparer nos muscles et nos articulations à ce qui nous attendait. Après quelques minutes de gesticulations non moins ridicules qu’essentielles, nous étions prêts. Le moment d’enfourcher à nouveau nos machines était arrivé.

Nous fûmes répartis en quatre groupes d’une dizaine de Casimirs environ, puis nous nous mîmes en selle pour poursuivre l’échauffement avec le célèbre carrousel, redouté par certains et source d’un malin plaisir tyrannique pour nos encadrants, qui se firent une joie de nous faire tourner en file indienne sur le plateau pour effectuer de périlleuses manoeuvres consistant à adopter différentes positions incongrues sur nos motos, à base entre autres, de mains et pieds levés, bottes sur la selle et monte en amazone. Un exercice exigeant concentration, souplesse et confiance, l’échauffement n’avait décidément pas été en vain.

Aucune anicroche ne fut à déplorer, et nous pûmes enfin passer au cœur du sujet : les ateliers de maniabilité lente.

La météo, jusque-là fraîche et terne, se muait doucement en ce qui s’annonçait comme une journée ensoleillée. Le voile cendreux des nuages matinaux s’effaçait progressivement au profit des rayons du soleil, dessinant des reflets chatoyants sur nos machines.

L’entraînement se déclinerait en quatre ateliers, que chaque groupe découvrirait à tour de rôle au cours de la journée. Chaque changement d’exercice serait entrecoupé d’une pause bien méritée, histoire de reprendre notre souffle afin de poursuivre sereinement. Le programme était le suivant : deux ateliers le matin, suivis de l’entracte salutaire du repas de midi, puis les deux derniers ateliers l’après-midi.

Chaque groupe prit sa voie vers l’atelier qui lui avait été désigné, et l’entraînement à la maniabilité lente débuta enfin.

#1 : Le trèfle

Le groupe dans lequel je me trouvais commença par l’atelier du redoutable trèfle, décomposé en deux exercices successifs.

Tout d’abord, un huit destiné à nous permettre de prendre nos repères et de travailler les fondamentaux avant d’attaquer les choses sérieuses. Quatre cônes : deux à l’extérieur et une porte centrale. Simple, mais terriblement efficace pour se mettre en fourches.

Un à un, nous devions contourner un cône extérieur, passer par la porte centrale, puis contourner le second cône extérieur, traçant tant bien que mal un huit avant de recommencer plusieurs fois.

Le regard devait anticiper et viser en permanence le cône suivant. La position sur la moto restait plutôt neutre : bas du corps verrouillé sur la moto, pointes des pieds orientées vers l’intérieur des cale-pieds, avec la partie la plus large du pied en appui, genoux serrés contre le réservoir, haut du corps détendu, épaules basses, coudes fléchis et légèrement écartés, mains souples sur les poignées.

Et puis, évidemment, il y avait l’indispensable point de patinage, essentiel pour effectuer de telles manœuvres proprement et garder la maîtrise de sa moto : un embrayage qui patine juste assez pour transmettre la rotation du moteur à la roue arrière, tout en maintenant ce patinage aussi constant que possible, un filet de gaz pour conserver un régime moteur suffisant, éviter de caler et aider la moto à garder son équilibre, enfin, le frein arrière, dosé au besoin pour ajuster l’allure tout au long de la manœuvre.

Je suis sincèrement désolé pour mes camarades qui n’ont pas le luxe de disposer d’une boîte manuelle, ou pire encore, qui chevauchent une monture électrique. Je n’ose imaginer comment cela se passe dans un tel cas…

Une fois les bases de l’exercice assimilées, nous pûmes passer au trèfle proprement dit.

La disposition était la suivante : cinq cônes, un au centre et quatre à l’extérieur, formant une croix. Le principe était simple sur le papier : effectuer un tour complet autour du cône central, enchaîner avec un huit autour de l’un des cônes extérieurs, puis revenir vers le cône central. Après un nouveau tour autour de celui-ci, enchaîner avec un huit autour du cône extérieur suivant, et ainsi de suite, pour dessiner plusieurs tours de ce fameux trèfle.

En pratique, cela dit, nous eûmes besoin de toute la concentration dont nous disposions et de la meilleure application possible des fondamentaux que le huit nous avait enseignés. Des bases qui allaient se révéler fort utiles tout au long de cette journée de pratique, laquelle ne faisait que commencer.

Chacun notre tour, nous effectuâmes nos passages, avec plus ou moins d’élégance et de précision. Nos encadrants prirent eux aussi le guidon pour effectuer des démonstrations, mais également pour emmener en passager les Casimirs ayant besoin d’explications supplémentaires, avec une aisance que nombre d’entre nous leur envions.

L’atelier fut intense, mais le jeu en valait la chandelle : particulièrement formateur, il constituait une entrée en matière digne de ce nom.

#2 : Démarrage en côte, guidon braqué

Après une première pause, mon groupe se dirigea vers le deuxième atelier auquel nous devions nous confronter : le démarrage en côte, guidon braqué.

Une fois de plus, l’atelier se décomposait en deux parties.

La première consistait à effectuer, sur le plat, un départ depuis l’arrêt complet, avec le guidon complètement braqué d’un côté ou de l’autre, dans le but d’effectuer un demi-tour aussi serré que possible.

Le pied situé à l’intérieur du virage était posé au sol, tandis que l’autre restait sur son cale-pied. Le regard devait porter le plus loin possible dans la direction choisie, et la moto être légèrement inclinée vers l’intérieur du virage afin de faciliter la rotation dès le démarrage. Et, évidemment, il fallait faire appel à l’irremplaçable point de patinage avant de se lancer.

Un filet de gaz aide à garder la moto sur ses appuis et, si besoin, à la redresser. Le frein arrière permet de gérer l’allure et de resserrer le rayon du virage. Une affaire rondement menée.

Une subtilité propre à cet exercice tenait au fait que, selon le côté vers lequel on tournait, il était possible ou non de conserver le pied sur le frein arrière pour aider à maintenir la moto en place et faciliter le départ. Le virage à gauche était donc nettement plus facile à appréhender que celui vers la droite.

La seconde partie de l’atelier était évidemment l’exercice éponyme : la même manœuvre, mais avec la difficulté supplémentaire d’effectuer ce démarrage depuis l’arrêt en côte, alors que la moto se trouvait perpendiculaire à la pente. Un ajout loin d’être négligeable à la complexité de l’exercice.

Nous devions partir du bas de la côte, à l’entrée du plateau, puis nous arrêter derrière une ligne de cônes, perpendiculairement à la pente. La subtilité consistait à toujours poser le pied situé en amont, y compris lorsqu’il s’agissait du pied droit, nous privant alors de l’accès au frein arrière, mais évitant que la moto ne bascule vers l’aval.

À partir de là, la procédure restait la même que sur le plat, à ceci près qu’il fallait augmenter légèrement le régime moteur pour compenser la pente et lancer la moto, sous peine de caler.

L’exercice fut assez rapide mais non moins intéressant, car, l’ayant personnellement vécu, il s’agit d’une situation dans laquelle il n’est que trop aisé de chuter bêtement.

#Entracte : Pause méridienne avant reprise des hostilités

La coupure de midi arriva plus vite qu’attendu, mais fut accueillie avec plaisir. La chaleur, inhabituelle pour un mois d’Octobre, commençait à monter et la concentration à faire défaut.

Après notre casse-croûte, le coup d’envoi des ateliers de l’après-midi retentit. Chaque groupe rejoignit son premier atelier de l’après-midi, qui, pour le nôtre, était le slalom large.

#3 : Le slalom large

Cet atelier consistait en un long slalom constitué d’une série de cônes placés de part et d’autre de la piste, espacés de plusieurs mètres, autour desquels nous devions effectuer des boucles successives.

Une parfaite continuité, donc,  avec le trèfle pratiqué le matin, mais avec des trajectoires plus amples et un rythme un peu plus soutenu.

Après les explications des encadrants, les Casimirs qui souhaitaient se lancer commencèrent l’exercice. Ceux dont la maîtrise du point de patinage nécessitait encore un peu de travail avant de s’attaquer au slalom rejoignirent l’autre bout de la piste pour s’entraîner sous la supervision d’un encadrant.

L’exercice était plus complexe que son apparence initiale ne le laissait présager, mais l’application des méthodes travaillées lors des ateliers précédents se révéla, une fois encore, d’une grande aide.

Le plus important était de savoir anticiper sa trajectoire et la guider grâce au regard. Entrer large dans le virage, poser son regard sur le cône pour guider la moto et amorcer la rotation, puis porter le regard le plus tôt possible vers le cône suivant. Il fallait ensuite soigner la sortie de la boucle en essayant de resserrer au maximum la trajectoire, afin de faciliter l’entrée dans la boucle suivante en s’orientant tôt dans la bonne direction.

Anticipation, vous dis-je !

Toute la difficulté de la manœuvre consistait à bien gérer le regard et le rythme pour ne pas se laisser entraîner et élargir excessivement la trajectoire.

Comme dans les ateliers précédents, le positionnement sur la moto et la maîtrise du point de patinage étaient essentiels. On pouvait également ajouter qu’avec un rythme un peu plus soutenu, il devenait encore plus important de solliciter la moto et de chercher à l’engager davantage dans le virage en exerçant une pression sur le guidon pour l’aider à prendre de l’angle. Cela permettait de resserrer plus efficacement la trajectoire en fin de boucle.

#4 : Le slalom lent

Le sifflet annonçant la pause avant le changement d’atelier retentit.

À la fatigue accumulée pendant la pratique s’ajoutait l’inconfort de la chaleur du soleil, accentuée par celle de nos bécanes évoluant à un rythme restreint. Et c’est bien là que j’envie nos chers amis électrifiés ! La coupure fut donc plus que bienvenue : nous pûmes nous désaltérer et reprendre nos esprits avant d’enchaîner avec l’ultime atelier de la journée.

Dernier atelier, dernier exercice. Pas des moindres sur le plan technique, mais un peu plus calme en matière de rythme : le slalom lent.

Comme son nom le suggère, il s’agissait à nouveau d’un slalom. Mais cette fois beaucoup plus court, avec des cônes bien plus rapprochés.

L’atelier se déroula selon la progression suivante : au départ, les cônes étaient relativement espacés de chaque côté, et nous abordâmes le slalom « à l’envers », c’est-à-dire en passant à l’intérieur des cônes, ce qui facilitait grandement les choses pour appréhender l’exercice.

Puis, passage après passage, les cônes furent déplacés, réduisant progressivement l’espace disponible pour effectuer chaque virage. Jusqu’à atteindre le point culminant de l’exercice : les cônes, toujours proches les uns des autres mais décalés de part et d’autre, cette fois, nous devions slalomer entre eux en les contournant par l’extérieur. Challenge accepté.

Une fois encore, et certains diraient que l’on pourrait presque en déduire qu’il s’agissait là du cœur même de cet entraînement à la maniabilité lente, les techniques désormais gravées dans nos pneus se révélèrent indispensables : patinage de la selle, point du regard, anticipation du bas du corps…

Voyez par vous-mêmes : ça finit par rentrer même dans les têtes casquées les plus dures !

Plaisanterie à part, le regard était tout particulièrement important pour réussir cet exercice. Plus les cônes étaient rapprochés, plus il devenait nécessaire de porter le regard loin devant et d’anticiper plusieurs virages à l’avance pour conserver le rythme et emmener la moto avec fluidité.

#Fin de journée : On remballe.

Puis vint la fin de la journée. Nous étions fatigués et en sueur, mais nous avions tous bataillé pour progresser dans la maîtrise de nos motos, chacun à notre rythme et avec nos propres difficultés à surmonter.

Grâce à l’accompagnement sans faille des encadrants, cette journée fut fructueuse, malgré les quelques petites chutes survenues au fil des exercices. Toutes sans gravité, mais non sans quelques égratignures à l’amour-propre.

Ce n’est que partie remise. Nous reviendrons, prêts et déterminés, CPM après CPM, REG après REG, pour rouler toujours mieux et en bonne compagnie.

Ne restait plus qu’à rentrer chez nous, en faisant évidemment attention sur la route : la fatigue ne pardonne pas plus qu’elle ne prévient. Nous pouvions enfin retrouver nos foyers, si durement quittés au petit matin.

Un grand merci à l’équipe de la Commission Formation pour l’organisation de cette journée, ainsi qu’aux encadrants pour leurs précieux conseils et leur investissement tout au long de ces heures de pratique.

J’espère tous vous revoir prochainement pour de nouvelles aventures enrichissantes !

Casimicalement, Nicholas Nisho 

 

Multes merciz ! preux chevalier Nicholas ! 

Et un dernier petit clin d’oeil et un remerciement à tous les casimirs qui ont suivi Robert !

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